« 9 décembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 152-153], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11302, page consultée le 07 mai 2026.
9 décembre [1837], samedi, midi ¾
Bonjour mon cher bien-aimé. Si tu pouvais venir comme hier, que ça serait donc
gentil. Je n’ai pas dormi de la nuit et ce matin à 8 h. j’étais réveillée. Je n’ai
pas
voulu faire ouvrir mes fenêtres pour tâcher de me rendormir. Jusqu’à 11 h. je me suis
tournée et retournée dans mon lit, enfin j’ai sommeilléa jusqu’à présent. Je suis épuisée de fatigue et de mal de
tête. Si je ne dors pas mieux la nuit prochaine je tomberai malade car je n’en peux
déjà plus.
Je ne me lève pas à présent pour ne pas allumer mon feu. Si tu venais
tu trouverais ma place chaude et je te la donnerais avec bien de la joie à la
condition de la partager avec vous. Mon Dieu quel temps, on croirait qu’il est 6 h.
du
soir. J’y vois à peine pour t’écrire. Heureusement que ce que j’ai à te dire je peux
le faire les yeux bandés. Je t’aime, c’est aussi simple que cela. Journo no. Puisque vous vous permettez de me débaptiser j’en FAIS autant à votre
égard1. Dites-donc mon petit homme, il y a plus
de 8 jours que vous n’avez couchire n’avec
moi2. Vous en
êtes-vous aperçub ? Voime, voime.
Heureusement que c’est aujourd’hui
samedi, demain dimanche, après-demain lundi et enfin après MARDI jour de la
délivrance3. Quel bonheur. D’ici là je vais joliment m’impatienter
et trouver le temps long, surtout si tu ne viens que cinq minutes par jour. Hélas !
Si
tu voulais il me semble que tu pourrais faire autrement. Je t’aime, moi, et je veux
toujours t’aimer et te voir.
Juliette
1 Puisque Juliette remplace les « t » de « Toto » par des « n », il n’est pas infondé de croire que Victor a rebaptisé Juju « nu(e)-nu(e) ». Il s’agit sans doute ici de la première occurrence du surnom « Nono » équivalent à « Toto » sous la plume de Juliette.
2 L’insertion du « n’ » devant « avec » cherche à imiter une liaison fautive, typique du parler populaire ou campagnard.
3 C’est en effet le mardi 12 que sera rendu le décret de la Cour royale pour le procès de Victor Hugo contre la Comédie-Française (celle-ci ayant fait appel de la décision émanant du Tribunal de Commerce, qui avait donné raison à Hugo).
a « sommeillée ».
b « apperçu ».
« 9 décembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 154], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11302, page consultée le 07 mai 2026.
9 décembre [1837], samedi soir, 10 h ½
Si je ne craignais pas que tu n’interprètes mon silence en bouderie, je ne t’aurais pas écrit ce soir. J’ai si mal à la tête, je suis si abattue que je n’ai pas le courage d’ouvrir les yeux. Tu me tiendras compte de cette disposition pour tout ce que je te dirai ce soir car excepté mon amour je ne vois ni ne sens rien. Je vais faire bassiner mon lit et me coucher. Ne m’en veux pas mon bien-aimé, mais t’écrire plus longuement serait au-dessus de mes forces. Je t’aime, je t’adore, c’est bien assez n’est-ce pas ? Et tu n’en demandes pas tant. Soirpa, soir man.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
